{billet} Internet sait-il tout?

Internet est ma principale source d'information. J'entends par là que je cherche auprès d'internet un bon nombre de réponses aux questions que je me pose: faut il saler avant de poivrer, combien coûte un rétroviseur de Clio, comment insérer une URL dans un fichier Flash, pourquoi le chiffre 42, et enfin, à quelle heure passe le bus?

Plus fort que l'influence de mes meilleurs amis, de mes parents et de mes héros réunis, Internet s'est imposé en l'espace de quelques années comme le Saint Graal de l'anxieux que je suis. Au point que j'en suis arrivé à me demander si internet savait tout de toute chose: de vous, de moi, des mystères de l'Univers, tout d'hier et de demain. Mais d'ailleurs, qu'est-ce vraiment qu'Internet? Une somme de savoirs, certes, mais avant tout une gigantesque place publique où chacun affiche ses idéaux et ses doutes, fait part de ses certitudes comme autant de faits établis. Le pouvoir entre les doigts du peuple, vox populi vox Dei.

L'apôtre de cette idéologie est symbolisé par Google, l'étoile polaire qui attirant vers elle les profanes, brille telle la croix de saint Jacques autour du cou du pèlerin. Agnostique convaincu, j'en viens au rapport intime que j'entretiens avec Internet comme je le ferais avec une religion. Serions nous en train de construire la plus incroyable puissance jamais conçue?

Le point commun d'internet avec les religions et autres idéologies, c'est de faire résider le pouvoir au sein même de ses membres. De tout temps les hommes se sont construits autour de leurs positions "cultes-urelles": supériorité de croyances, de couleurs de peau, d'armes nucléaires. Le sentiment d'appartenance à une caste, de partager des valeurs communes, l'impression palpable de détenir ensemble une capacité de décision et de "contrôle".

Protégés par nos écrans que nous pensons invulnérables, nous composons un monde qui semble détenir l'ensemble des problèmes, et leurs réponses. L'immense somme d'information circulant chaque heure, chaque minute sur les réseaux sociaux en est la preuve: nous bâtissons des forteresses de contenu, tout en nous assurant des moindres faits et gestes de nos voisins. Voyeurisme teinté de curiosité. J'atteins avec ces moyens, les propres limites de mon désir d'information. L'intérêt porté aux choses futiles prend le pas sur l'envie d'apprendre, de découvrir, et de m'intéresser aux formes variées du Savoir. J'ai parfois le sentiment que nous avons retrouvé la bibliothèque d'Alexandrie, et que nous restons là, à discuter comme on le ferait au café du coin.  

Alors Internet sait-il tout? La réponse est non, et je veux trouver tout ce qu'il ne sait pas… et le garder pour moi.