Critique du film Un prophète

Un film, 300 mots, une critique, une bande annonce. Et du spoil aussi!

Ce film dure 2h29, c'est con mais à cause de ce détail j'ai bien failli ne pas aller le voir. Grâce à la Rentrée du Cinéma, je me suis laissé convaincre par ce film que je préssentais particulièrement sombre, violent, à la limite d'évoquer en moi la moindre once de motivation. Un prophète est effectivement sombre et violent: le milieu carcéral dans lequel est jeté Malik El Djebena pour six ans, est glauque et impitoyable à souhait. Débarqué à la Centrale pour ses 19 ans, il va vite être confronté au monde autarcique des cellules exiguës et des mâtons arrosés. L'histoire nous fait suivre le parcours de ce jeune loup parmi les hyènes, en nous faisant comprendre les "familles" et leurs territoires respectifs, les alliances de toutes sortes et surtout les représailles pour ceux qui ne se plient pas aux ordres. Dans ce rôle, Niels Arestrup alias Luciano le Corse est exceptionnel: il incarne parfaitement le rôle du père spirituel, à la tête d'une organisation puissante par delà même les frontières physiques de la prison. La main longue, notre jeune héros va lui aussi l'avoir, au point de mener au fur et à mesure les  affaires pour son propre compte, et plus seulement en tant qu'homme de main du corse. L'histoire, son histoire est prenante et m'a véritablement fait penser à l'extraordinaire ascension de Tony Montana dans Scarface. Un inconnu sans passé qui créé sa place au milieu du crime organisé. Le film est "bien tourné", autrement dit je trouve les images belles malgré le cadre si particulier (quelques effets faisant rimer parcimonie avec harmonie). Musiques excellentes, ajustées parfaitement aux ambiances (finalement peu nombreuses, mais très judicieusement utilisées). Ce film mérite une attention toute particulière, un peu comme on regarde un tableau:  comme lorsque l'on distingue mal la limite entre le symbolique et l'authentique, et que nous restons plantés devant, troublés par la justesse du pinceau.