{Lecture} Jean Teulé: Mangez-le si vous voulez

Mercredi dernier, un peu par hasard, un peu aussi parce que j’ai cru qu’il venait de sortir, j’ai acheté ce livre de Jean Teulé: Mangez-le si vous voulez. Epais d’un petit centimètre, j’ai d’abord été interpellé par l’auteur, dont j’avais déjà lu cet hiver, Le magasin des suicides.

Il s’agit du récit d’un fait divers survenu le 16 août 1870, à Hautefaye, non loin d’Angoulême. En début d’après midi, Alain De Monéys, jeune Périgourdin intelligent et respecté, se rend à la foire du village voisin. Il ne sait pas encore qu’avant la fin de la journée, la foule l’aura torturé, lynché, brûlé vif et même mangé.

A l’instar du destin tragique de ce personnage attachant, le livre se dévore en 2 petites heures. Il retrace ce qui sera le chemin de croix du pauvre homme, proie inattendue de l’intolérable haine collective.

Ce livre met en avant la frénésie barbare, qui se répend dans la foule telle une trainée de poudre. Alors en guerre contre la Prusse, la France – et l’armée menée par Napoléon III-, s’enlise dans ce qui restera un fiasco militaire. Esprits échauffés par une récente défaite, il suffira d’un malheureux quiproquo pour que la folie s’empare du village. D’abord accusé à tort de défendre les prussiens, De Monéys va se transformer en une poignée de secondes en l’ennemi numéro… à abattre.

La folie des hommes n’a d’égale que leur cruauté: bouc émissaire d’une misère étouffante, le jeune homme apprécié par tous, devient en un éclair la cause des maux dont chacun souffre. L’homme n’est plus que l’ombre des malédictions locales, des monstres légendaires et… du diable.

Le diable. Il existe en chacun de nous: nous savons qu’il n’existe pas, mais nous ne pouvons nous empêcher de l’imaginer, de nous le représenter. Ce week-end, un fait-divers étrange survenu dans les Yvelines, à particulièrement attiré mon attention. Samedi matin, à l’aube, 11 personnes se sont défenestrées du 2ème étage, après avoir eu « peur du diable », qui n’était autre qu’un locataire de l’immeuble. Dans la folie qui s’est emparée des habitants, un bébé est décédé des suites de ses blessures… Torturer un homme par vengeance, tuer un bébé de peur, voila ce dont est capable l’homme dans ses plus sombres folies. Nous ne sommes que des animaux en proie à nos propres tourments.

Je suis sûr que le diable n’existe pas, mais je ne pense pas que les gens soient prêts à l’admettre.

En savoir +
La guerre franco-allemande de 1870
Ils croient voir le diable et se défenestrent (L’Express)

Jean Teulé Mangez le si vous voulez