{Billet} « J’ai un autographe »

Je me souviens du jour où ma sœur est rentrée du cinéma, toute heureuse d’avoir eu un autographe de l’acteur Richard Bohringer. Je n’étais alors qu’un enfant, mais j’avais compris que le personnage était quelqu’un de connu dans le milieu, et qu’il effectuait de ce fait, une tournée en province à l’occasion de la projection en salles de son dernier film. Bien qu’ayant grandi, et eu le temps de cerner l’individu et l’homme de cinéma qu’il est, je n’ai eu de cesse de le trouver amical, proche des gens, un peu comme une vieille connaissance de la famille. Pourtant, ce n’est vraiment pas un acteur qui me touche, où pour lequel je suis sensible! L’importance accordée à « la signature » offerte à ma sœur durant ma tendre enfance y est donc pour quelque chose. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la convergence, aussi infime soit elle, entre deux individus semble inaltérable. L’écriture porte un état, et fige pour toujours une situation. Pourquoi gardons nous des lettres d’amours perdus et que nous ne relirons plus jamais, pourquoi attachons nous une importance à nos cahiers scolaires qui, nous en sommes persuadés -à tort- devraient intéresser nos enfants plus tard? Il existe un lien inaltérable entre le présent et le passé, symbolisé par quelques courbes tracées sur du papier.

Aujourd’hui, à l’heure du numérique, nous ne cessons de produire du nouveau contenu, de remplir des profils Facebook de commentaires, d’envoyer « gracieusement » des Tweets sans savoir même si ils seront lus. Je crois que nous cherchons inexorablement des ponts pour tracer un lien indéfectible entre le « nous » du moment, et celui que nous allons être sans pouvoir le connaitre. Un peu comme des futurs amnésiques qui enregistreraient des messages avant de perdre définitivement la mémoire. Nous traçons des lettres et des chiffres, persuadés qu’ils nous permettront d’appréhender nos avenirs incertains.

I have sign

I have a sign

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